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Quelques
légendes du Pays Gaumais
Les
Bohémiens de Lamorteau
Il
y a bien longtemps, dans tout le pays gaumais, les habitants
de Lamorteau avaient la réputation d'être
particulièrement joyeux et fêtards. Chaque
année, leur fête au village était
un rendez-vous des plus attendus. On venait parfois
de loin pour participer à la fête à
Lamorteau, de Florenville, de Bellefontaine, de Saint
Léger et même de Montmédy en France. |
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Un
jour, une bande de Bohémiens débarqua
dans le village au milieu de la fête. Deux chiens
aboyants précédaient des roulottes aux
couleurs multicolores. Les Bohémiens jouèrent
de la trompette, du tambour, et bien vite, tout le village
se rassembla devant les roulottes.
Venez
tous! Vous allez assister à un évènement
exceptionnel! cria un des Bohémiens à
la cantonnade. dans quelques minutes, nous allons pêcher
pour vous le plus grand nombre de poissons que l'on
n'ait jamais pêchés. mais attention, il
n'est pas question de puiser dans votre rivière,
le Ton. Nous allons nous poster avec nos cannes et nos
filets devant les mares, les eaux mortes.
Les
habitants de Lamorteau écoutaient sans sourciller
le boniment de ces Bohémiens qui leur paraissaient
plus filous et charlatans que véritablement pêcheurs
professionnels...
Ah!
ah! ah! riait même Djean de Mâdy, le violoneux
qui animait le bal de la fête. Moi je vais rester
là, car je voudrais bien voir combien de truites
et de brochets ils vont nous sortir de la mare...
Curieux
et avides de se moquer des apprentis pêcheurs,
quasi tous les gens du village assistèrent à
la fameuse partie de pêche. comme on s'y attendait,
au lieu de poissons prêts à frire ou à
cuire au bon beurre, les bohémiens ne retirèrent
de leurs filets que de vieilles chaussures, des boîtes
de conserve ou des chambres à air.
Une
fois, deux fois encore, les Bohémiens lancèrent
leurs filets dans les mares. Aucun poissons ne s'y trouvait.
Les villageois riaient de plus en plus fort. D'autres,
moins polis, se mirent à siffler et huer les
bohémiens.
Mais
ce que les habitants de Lamorteau ne savaient pas, c'est
que pendant la prétendue partie de pêche,
d'autres Bohémiens étaient occupés
à fouiller les maisons désertées
de leurs occupants. Ils en ressortaient avec des ballots
remplis de jambons, de saucisses et même d'argent.
La pêche se terminait. On venait de retirer de
la mare encore un vieux pot de chambre! Les habitants
du village avaient bien ri, s'étaient bien moqués
et dirent au revoir à leurs visiteurs bohémiens
qui n'avaient plus de raison de s'attarder à
Lamorteau...
Soudain,
quelqu'un sortit d'une amison, tout excité:
Aux
voleurs! Aux voleurs! Nous sommes stupides. Pendant
que nous perdions notre temps à regarder ces
vieux pneus ressortis de l'eau, les Bohémiens
se sont introduits dans nos maisons. Ce sont eux, les
plus malins. Nous n'avons qu'à nous en prendre
à nous-mêmes pour notre bêtise.
En
réalité, les Bohémiens s'étaient
à peine éloignés du village. Ils
voulaient simplement donner une bonne leçon aux
villageois et leur apprendre à se monter plus
sages désormais.
Les
chevaux tractant les roulottes firent demi-tour et rentrèrent
à nouveau dans Lamorteau. Les Bohémiens
remirent aux habitants ce qu'ils venaient de leur dérober.
Tous s'assirent autour d'un grand banquet et rirent
de bon coeur de la farce qu'ils s'étaient jouée,
les uns les autres.
Ce
soir là à Lamorteau, à défaut
de poissons, on mangea beaucoup de pigeons!
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Croix
Rouge
La légende du trou des fées. |
Il
y a bien longtemps, un berger était chargé
de surveiller le troupeau appartenant aux fées
de Croix Rouge. tous les soirs, il ramenait les vaches
et les chèvres au fond des bois dans la grotte
où vivaient les fées et leurs animaux.
Personne n'avait jamais vu les fées hors de leur
trou, personne n'avait le droit de les approcher, sauf
le berger.
Au
service des fées depuis de nombreuses années,
celles-ci ne lui avaient jamais accordé le moindre
franc pour sa peine et un jour sombre, le berger, de
fort mauvaise humeur, soucieux de l'avenir de sa famille,
se confia à sa femme devant l'âtre.
" Tout travail mérite salaire, méfie
toi, si les fées venaient à disparaître
un jour sans nous prévenir" dit Nanette,
sa compagne. tu as raison. Dès demain, de grand
matin, j'irai les trouver dans leur grotte et je réclamerai
mon argent, enchaîna le mari.
Le
lendemain, les fées l'écoutèrent
attentivement et, généreuses pour une
fois, lui donnèrent un sac fermé par des
ficelles. Avant qu'il ne prenne le chemin du retour,
la plus vieille des fées lui fit cette recommandation
- Ce sac, tu ne pourras l'ouvrir avant d'entrer dans
ta maison, sinon tu seras puni -
Merci, merci. Vous êtes si bonnes avec moi, je
vous assure que je respecterai votre demande. je n'ouvrirai
pas le sac en chemin, dit le berger.
mais le chemin était long avant de regagner sa
maison et le sac semblait si léger...à
Orvillers, à l'entrée de Virton, n'y tenant
plus, à l'abri des regards indiscrets, le berger
ouvrit le sac ,
il regarda et ne trouva que des paillettes d'avoine
que l'on donne à manger aux chevaux, Il dispersa
le tout et rentra désabusé chez lui. maudites
fées, vous m'avez bien eu!
Regarde, dit il à Nanette, sa femme. Ces fées
sont des voleuses. Nanette était terriblement
déçue, elle prit le sac, le secoua et
fut fort surprise de voir quelques écus d'or
au fond de son sac. Tu n'es qu'un sot, lui dit Nanette,
tu devais obéir aux fées et suivre exactement
ce qu'elles t'avaient demandé. Nou serions riche
à présenr. Va retrouver les fées
demain. Tu t'excusera auprès d'elles. Le lendemain,
il retourna au trou des fées redemander son du.
Celles-ci se montrèrent compréhensives.
Elles savaient que tout homme avait ses défauts
et que la curiosité était l'une de ses
faiblesses. Elles offrirent au berger un nouveau sac,
plein comme le premier. comme la veille, la plus agée
des fées s'avança vers le berger et lui
fit les mêmes recommandations, " tu ne pourra
ouvrir ce sac avant d'arriver à ta maison, insista
t'elle. Cette fois le berger su tenir sa promesse. Son
impatience était vive, au début, il avait
pressé le pas, maintenant il courait pour rentre
le plus vite possible chez lui.
-
Riche! Enfin, je vais être riche! -
Près
de chez lui, il se prit le pied dans une racine affleurant
le sol. Le berger tomba, le sac s'ouvrit et à
la place des pièces d'argent, des petites souris
se dispersèrent entre les herbes! Il raconta
encore une fois sa mésaventure à Nanette
qui n'était point sotte, elle avait tout compris.
-
La première fois, tu étais trop curieux.
Cette fois, tu t'es montré trop empressé,
voilà la leçon que les fées t'ont
donnée!
Le
berger jura, mais un peu tard, que l'on ne l'y reprendrait
plus...
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A
sa naissance, Djean de Mâdy avait reçu
de son oncle un joli violon, enduit de vernis rouge.
djean n'était pas un virtuose, mais chaque
samedi soir, il n'avait pas son pareil pour animer
les bals et les fêtes de la région. C'
était un joyeux luron, le Djean! Cette nuit
là, djean de Mâdy revenait du bal de
Musson. Comme c'était la tradition, on lui
avait offert le gâteau de la fête, pour
le remercier. Djean rentrait fièrement chez
lui, à Virton, le violon en bandoulière
et le gâteau en forme de couronne sous le bras.
Soudain, en traversant le bois de Bicaumont, Djean
entendit un bruit derrière lui. C'était
un loup, aux grands yeux brillants, qui marchait sur
ses pas. Aussi souple qu'un singe, Djean de Mâdy
grimpa au sommet d'un chêne.
Tu peux toujours y venir, tu ne m'attraperas pas!
lança Djean, se croyant tiré d'affaire
au haut de son arbre. Mais l'animal ne voulait pas
partir, immobile au pied de l'arbre, dans l'attente
de sa proie. J' ai une idée! se dit Djean.
Je vais lui envoyer un morceau de gâteau. Le
loup avala en une bouchée ce cadeau tombé
du ciel. Mais le loup ne se décidait pas à
partir, Djean lui lança d'autres morceaux.
A la fin, l'animal avait mangé tout le gâteau!
Que vais je devenir? se demandait Djean. je ne vais
quand même pas mourir de faim. Ce serait trop
bête! Et si je lui jouais un air de violon ?
Dans le silence glacé de la nuit, le violon
de Djean de Mâdy joua des airs de plus en plus
entraînants. Au pied de l'arbre, le loup semblait
apprécier. Il se mit à tourner en rond
et à danser la polka! Puis, comme le violoniste
accélérait de plus belle, le loup poussa
un hurlement et disparut, fatigué par ces sons
qui commençaient à lui casser les oreilles.
Djean de Mâdy put enfin descendre de son perchoir.
Soulagé, il pestait cependant contre lui-même.
Ah! si seulement je lui avais joué du violon
tout de suite, j'aurais encore mon gâteau...
Ces deux contes pour enfants de Gaume et d'autres
collines sont extraits de l'ouvrage de Dominique Zachary
et Valérie Dion, ce recueil de contes pour
enfants a obtenu, en novembre 1997, le prix Jean Lebon
accordé par la commune d'Aubange.
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Cette
légende a commencé au XII' siècle,
lorsque des moines toscans vinrent s'installer dans
la forêt de France. A leur émerveillement,
ils baptisèrent le site "Val d'Or'.C'est
à ce moment que le maître des lieux, le
duc de Lorraine (neveu de Godefroid de Bouillon) décide
de rendre visite à ces sympathiques moines italiens
(excusez l'anachronisme). Mais, nous sommes au temps
des croisades, et la guerre appelle ses hommes; c'est
ainsi que le duc au lieu de se rendre lui-même
à l'abbaye, délègue son épouse,
Mathilde. |
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Mathilde
tomba de suite amoureuse de l'endroit et jura au Père
Abbé de revenir fréquemment..., ce qu'elle
fit, lorsqu'elle fut assaillie par une dépression.
Elle décida donc de se rendre à l'abbaye
pour se reposer, quand, lors d'une de ses promenades,
elle arriva au chevet de la source de l'abbaye.Là,
elle pouvait admirer toute à son aise le calme
enchanteur de l'onde. Le soleil brûlait, et Mathilde
avait chaud : aussi, décida-t-elle de tremper
sa main dans l'eau.Et ce qui devait arriver, arriva:
son alliance tomba dans la source. Mathilde pleura sans
cesse, lorsque, soudain, une splendide truite émergea
et lui rapporta la bague.C'est ce fait qui symbolise
aujourd'hui les bouteilles de l'abbaye d'Orval. |
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Là
se trouve une rue portant le nom de "ruelle perdue".
Une légende s'y rattache.
Cette
ruelle était jadis un sentier envahi d'eau boueuse.
Tous les jours vers 23h00, ces lieux étaient
visités par le cheval Triquet, cheval sans tête
monté par une géant au regard perçant.
Ce soir là, le grand Lepage, brave paysan de
Meix, le rencontra et le salua malgré sa peur.
Pour toute réponse, notre homme entendit ces
cris rauques et sinistres: "les jours pour toi,
les nuits pour moi". Horrifié, Lepage regagna
son logis. On raconte encore qu'à Saint-Mard,
à la lisière du bois, passait la chasse,
une meute infernale accompagnait le cheval Triquet. |
La
légende de Montauban.
Dans les bois de Croix-Rouge se trouve un lieu dit "o
pas d't chevo". Il s'agit d'un affleurement de
grès virtonnais. Cette pierre porte une excavation
naturelle qui évoque quelque peu l'empreinte
d'un grand fer à cheval.
La
légende dit que le seigneur de Montauban qui
désirait rejoindre sa bien-aimée au château
de Pigneumont parvenait à ses fins en utilisant
les services de son cheval, descendant direct du Bayard
des quatre fils Aymon. Chaque soir, à l'heure
fixée par la belle, le cavalier enfourchait son
coursier qui, prenant appui sur la pierre, sautait d'un
bon dans la cour du château. |
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Ethe
- La légende de la chapelle de Bonlieu
Selon
la tradition populaire, un des comtes de Chiny, Louis
II, victime d'un accident de chasse ou d'une maladie
soudaine fut soigné et guéri au presbytère
de Rouvroy. Emu de la gène du curé et
reconnaissant de ses bons offices, il fonda la chapelle
et l'Hermitage du Bonlieu. Le Bonlieu devint un endroit
de pèlerinage célèbre en Gaume.
Louis II et la comtesse Sophie, sa femme, reposent dans
la chapelle depuis neuf siècle.
Le
Bonlieu n'a qu'une seule légende, commune à
beaucoup de madones et de sanctuaires. "C'était
pendant une de ces guerres incessantes du sixième
siècle qui répandait terreur dans toutes
les chaumières de Gaume..
Les églises et leur chapelles flambaient comme
des torches de paille.
Craignant
pour leur madone vénérée, les habitants
d'Ethe se rendirent au Bonlieu par des sentiers perdus
et cachèrent la statue de la vierge. Mais le
lendemain, ils constatèrent avec surprise que
la madone n'était plus là. Perplexes,
ils se rendirent en hâte au Bonlieu. La vierge
avait repris sa place dans la chapelle humide et le
bas était encore humide de la rosée de
la nuit.
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Quelques
légendes d'Ardenne.
La légende du Tombeau du Géant.
L'homme
marchait depuis des jours à travers la forêt
de chênes. Il marchait depuis des jours, venant
de la Sambre où les soldats Nevers avaient été
taillés en pièces.
C'était
un Trévire, au service de Boduognat. Un rescapé
parmi les cinq cents dont la mort n'avait pas voulu.
Il marchait depuis des jours, s'irritant dans les villages
morts à la recherche d'un peu d'hydromel, fouillant
de son épée les restes calcinés
des bourgs jadis plantés dans la clairière.
Parfois, d'une hutte restée debout, sortait un
vieillard. Les mains tremblantes levées vers
le ciel. |
Et le vieillard demandait: "D'où viens-tu
l'homme?" Le géant baissait la voix et la
tête surmontée d'un mufle de taureau sauvage.
Le géant baissait la tête pour dire: "De
là. "Là",
c'était la Sambre, la fille de la Meuse qui avait
vu tomber les plus forts guerriers des Gaules.
Et l'homme racontait: "Ils
sont agiles et adroits les soldats bruns du consul de
Rome. Agiles et cruels. Ils ont tué, pilé,
brûlé; ils ont violé des filles aux
yeux bleus et aux cheveux de lins, les filles dont le
corps est blanc comme le lait caillé."
Et l'homme racontait "J'ai vu des guerriers nerves
s'arracher à leur poitrine les flèches
qu'ils retournaient vers les Romains au torse étincelant
de cuivre. J'en ai vu d'autres s'empaler sur leurs lames
pour échapper aux cortèges de morts qui
blanchissaient d'ossements les routes de la déportation.
J'ai vu
"
Et les yeux du géant se voilaient. "J'ai
vu des enfants accrochés par le cou aux chênes
des forets et les corbeaux becqueter leur cervelle qui
coulait sur les yeux blonds; des filles de joies liées
aux chars, des filles de joie aux seins nus marbrés
de sang. J'ai vu
"
Et l'homme n'achevait pas. Il s'en allait, les épaules
lasses sous la peau de biches qu'une courroie serrait
les reins. Le vieillard rentrait alors pour attendre
la mort et les larmes roulaient dans sa moustache rousse.
Parfois le géant traversait un village que la
fureur des méridionaux avait épargné.
Alors, il s'arrêtait pour boire un bol de lait
et manger une galette d'avoine cuite sur la cendre.
Il s'arrêtait aussi pour dormir. Alors l'entouraient
des adolescents aux yeux bleus. Des adolescents et des
estropiés que l'invasion avait meurtris.
"D'où
viens-tu?". "De là
"
Et
Il racontait encore. Il racontait toujours et son corps
en dormant tremblait comme la feuille sous ton vent
d'orage.
L'air
était chaud et le soleil fondait; le soleil,
gros disque rouge vacillant, prêt à basculer
de l'autre coté de l'horizon.
Adossé
à un arbre, le Trévire regardait
Sans doute, se souvenait-il des hardes qui allaient
chantant les beautés de leur pays et les misères
du peuple. Sans doute aussi ne pouvait-il quitter des
yeux ce rouge ensanglanté des souvenirs.
L'homme
regardait. Quand un bruit de galop se fit entendre et
le fit tressaillir. Une femme, cheveux au vent, éperonnait
les flancs d'un coursier ardennais qui semblait courir
après le soleil. Le géant avait mis deux
doigts en bouche, un sifflement jaillit de ses lèvres
et fit tourner la tête de la jolie amazone.
Arrêté
dans sa course, le cheval se dressa soudain, puis virevolta
pour s'arrêter à trois pas du Trévire.
"Dis-moi l'homme, que me veux-tu?"
"
Peu de chose. Que tu me dises seulement s'il me faudra
marcher encore avant la nuit pour échapper aux
cavaliers de Labienus?"
Les
yeux bleus de la femme se changèrent en acier,
cependant qu'ils fixaient le géant du visage
raviné de sueur et marque par la souffrance et
les efforts sans nom.
Puis,
après un silence
"Ecoute
bien l'homme! Je te crois sincère. Ecoute ! Tu
dois fuir, s'il en est encore temps. Les cavaliers de
Labienus occupent les profondeurs du Han et les archers,
les hauteurs de Montogrut et de Lyresse. Tu dois fuir,
car il ne reste pas un homme valide du nord de la forêt
des Trévires. Il n'en reste plus, ils sont morts
en combattant et d'autresse sont fait mourir pour ne
pas servir de proieaux fauves de César, pour
ne pas connaître les arènes et la vie de
galériens. Et Labienus, qui a laissé croire
qu'il se retirerait vers l'Aquitaine, prépare
un dernier coup de filet
Crois-moi!
Fuis pour ne pas voir cela! Et pour ne pas voir les
Gaulois tomber dans les bras maigres et petits des archers
bruns.
L'hommeeu
un geste las, montra ses sandales fatiguées et
dit: "Fuir!
jusqu'où le pourrais-je?
Je marche depuis vingt jours
Je connais la faim,
la soif, les nuits au bord de l'eau. Je connais l'inquiétude
dans les forets peuplés de bêtes, d'ennuis
et de traîtres. Fuir!
Jusqu'ou le pourrais-je?"
Le
visage de la femme se détendit, puis elle se
baissa un peu pour dire à l'oreille du géant:
"Ecoute l'homme!
Je rejoins Indutiomar pour
lui remettre un message. Monte sur mon cheval et je
te conduirais à lui. On dit qu'Ambiorix, chef
des Eburons est en fuite lui aussi. Alors qui sait!
Peut-être pourriez-vous songer à rallier
les Ménarpiers dans les marais du Nord."
Les
yeux du Trévire s'éclairèrent comme
une source accueillant le soleil. Rassemblant tout ce
qui lui restait d'énergie, il se hissa sur la
cavale noire qui partit comme l'éclair vers la
vallée qui tendait les bras.
A présent ils longeaient la Semois dans un galop
effréné, sans regarder le paysage de rive
défilant à leurs côtés.
Soudain, descendant de Baimont, un autre galop se fit
entendre... Vingt, trente, cinquante cavaliers se lançaient
à corps perdu à la poursuite des Gaulois.
"Labienus"
rugit le Trévire..."
Les
fuyards arrivaient au pied d'un haut rocher. Jamais
le cheval ardennais, doublement chargé, ne parviendrait
à semer ses poursuivants. C'est alors que le
géant dans un sursaut d'héroïsme
lanca à la femme qui serrait les dents, ces trois
mots que la bise emporta:
"Sauve
Indutiomar
Adieu
"
Au
même instant, il se laissa glisser de la cavale
qui, libérée, bondit aussitôt à
l'assaut des rochers. Une seconde, il vit la fille blonde
toute droite sur sa monture, les cheveux déliés
et qui flottaient dans le soir naissant. Il la vit et
il vit le geste qu'elle faisait de son bras blanc pour
le saluer, lui qui allait mourir. Il la vit et, se retournant,
il vit aussi la meute qui approchait, folle de rage
Impuissante.
Les mâchoires serrées, il escaladait le
roc; se servant de son épée qui faisait
voler des éclats de schiste. Arrivé au
sommet, épuisé, mais le regard brillant,
il enleva la courroie lui, serrant la taille où
collait la sueur et en fit un lacet. Un bouleau frissonna.
Alors il passa la tête dans le cercle de mort...
A présent il riait d'un rire qui secouait la
vallée, la vallée et le bouleau qui tremblait
très fort. Puis, comme les romains n'étaient
plus qu'à cinquante pas, le géant sauta...
On entendit crier le bouleau qui ploya dans un frisson
terrible et le bruit de quelques pierres cascadant jusque
dans l'eau noire. Déjà le centurion était
sur lui. D'un coup d'épée, il trancha
le cuir et, du rocher et dans la nuit, descendit le
géant. On retrouva le lendemain son corps accroche
à un buisson qui bordait la rivière. Son
grand corps sanglant, meurtri, disloqué, mais
qui ne servirait pas de pâtures aux lions, ni
de chair à fouet dans les blancs palais de Roux.
Un vieillard borgne le découvrit. Un vieillard
borgne qui appela des adolescents mutilés et
qui creusèrent sa tombe dans une boucle de la
Semois.
Personne
ne savait son nom. Personne... même la blonde
amazone qui ne revint jamais...
Dans la terre en le mit. Dans la terre avec son épée
et la peau de biche en guise de linceul.
C'est là qu'il repose toujours! Qu'il repose
sous les chines, dans la boucle merveilleuse de la Semois,
appelée depuis "Le Tombeau du Géant".
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La légende des Quatre
fils AYMON
Renaud,
Roland, Arnaud, Richard : ses quatre prénoms
sont la fierté de l'Ardenne. Symboles de ténacité
et de bravoure, voici leur histoire.

Nous
sommes tout début du IXème siècle,
Charlemagne vient de se faire couronner empereur. Les
oppositions commencent : il faut se battre pour défendre
l'empire. Nous sommes à l'époque où
tous les seigneurs ont juré fidélité
et aide à leur souverain, tous sauf un: le comte
d'Aymon, oncle des 4 précités. Son refus
d'aider l'empereur (pour cause pacifique) entraîne
sa convocation expresse auprès de celui-ci. Ses
quatre neveux l'accompagnent. Son procès commence:
Charlemagne le menace de représailles, le Comte
répond qu'il défendra chèrement
sa peau pour ne pas... se battre. Charlemagne se mit
alors dans une colère folle et frappa le Comte,
ce que n'accepta pas Roland, l'aîné, qui
fit jaillir son épée de son fourreau.
Malheur lui prit : la garde personnelle de l'empereur,
commandée par son fils, l'attaqua. Et, dans cette
bataille, Roland trancha la tête du fils. Le Comte
prit panique et comprit que, s'il ne se mettait pas
aux côtés de l'empereur, il pouvait craindre
pour sa tète également. C'est ainsi que
les Quatre se retrouvèrent seuls face Charlemagne,
son Empire, ... et leur oncle. Il ne restait plus qu'à
fuir, mais Charlemagne ne laisse jamais un crime impuni,
surtout quand la victime est son fils. C'est ainsi qu'il
envoya toutes ses troupes à l'assaut des Quatre.Et,
c'est lors d'une chevauchée, alors que tout espoir
semblait perdu, que le long d'une falaise, le miracle
s'accomplit : leur unique cheval qui avait subsisté,
Bayard, prit son élan et traversa la Meuse, laissant
cois les hommes de l'empereur.
P.
S.: d'où le fait que le cheval Bayard se trouve
près du pont des Ardennes |
La
légende de Saint-Hubert
L'abbaye de Saint-Hubert (alors appelé Andage)
lut fondé au Vil,, siècle. La légende
raconte que Hubert, gendre du comte de Louvain, chassait
dans les forêts d'Andage le Vendredi saint de
l'an 683. Les chiens levèrent un splendide
cerf, un grand dix cors. Au moment où il s'apprêtait
à abattre la bête forcée, celle-ci
se retourna et laissa apparaître une croix lumineuse
dans sa ramure. En ,même temps, une voix du
ciel se fit entendre: "Hubert, cesse de chasser
et apprends à connaître ton Créateur,
sinon tu iras en enfer!" Hubert abandonna sa
passion pour la chasse et partit chez son .ami Lambert,
évêque de Tongres-Maastricht, où
il apprit la prière et le sacerdoce. Saint
Hubert devint évêque de Maastricht et
transféra à Liège le siège
épiscopal. A partir du Xe siècle, saint
Hubert ne fut pas seulement vénéré
en Ardenne, mais aussi dans le reste de la Belgique,
aux Pays-Bas, en Rhénanie et en France septentrionale.
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Quelques
coutumes intéressantes sont en relation avec
Saint Hubert. Ainsi, un fil en provenance de l'étole
d'évêque de saint Hubert serait un bon
moyen de lutter contre la rage. Le fil devait être
posé sur une entaille pratiquée dans le
front. Outre la rage, le saint était également
invoqué contre la peste et le délire
En 825, le corps de saint Hubert fut exhumé,
pour être transféré à Saint-Hubert.
Il était encore absolument intact. On le mit
à l'abri dans l'église de l'abbaye, l'actuelle
basilique. Chaque année, durant le premier week-end
de septembre, se tiennent à Saint-Hubert les
journées internationales de la Chasse. Le dimanche,
à 11 heures, a lieu la grand-messe solennelle
sonnée par des sonneurs belges et étrangers.
A 14h3O, un défilé historique, comprenant
plus de 300 figurants, parcourt la ville. Le 3 novembre,
la grande fête de saint Hubert se déroule
dans la basilique. Après un pèlerinage,
la grand-messe chantée est célébrée
et rehaussée des sonneries retentissantes des
sonneurs de trompe du "Royal Forêt de Saint-Hubert".
Au cours de cette messe, on bénit des petits
pains destinés à préserver de la
rage. |
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Légende
de Sainte Ode ou "La Bonne Dame"
Voici,
transmise de bouche à oreille, depuis des générations,
la légende dans sa simplicité paysanne.
Il
était une fois, à l'orée de la
farouche forêt de Freyr, un humble moutier où
s'étaient groupées quelques vierges Consacrées
au service de Dieu, vivant une vie de prières
et de mortifications pour le salut de leurs frères
en Jésus-Christ. Rien ne troublait leur solitude,
personne ne faisait résonner le heurtoir de la
porte bien close. Parfois, pourtant, quelque voyageur
égaré dans les profondeurs de la sylve
entendait la cloche grêle qui, de nuit comme de
jour, égrenait les heures; ce qui lui permettait
d'atteindre la sainte demeure et d'y recevoir l'hospitalité
prêchée dans le Sermon sur la montagne.
Un jour d'hiver, sous un ciel lourd de menaces, des
bandits armés s'abattirent comme vautours sur
la pieuse retraite, qu'ils mirent à feu et à
sang. Une seule moniale échappa au carnage: c'était
Ode.
Sans
pain, sans huile, sans le moindre fagot, elle descendit
la colline, les pieds en sang; car les soudards avaient
même emporté ses sandales. Ce qu'elle quémandait
? Un peu de feu, quelques braises ardentes; et peut-être
aussi un quignon de pain. Jamais âme qui vive
ne l'avait, au village, rebutée, chacun s'efforçant
d'ordinaire, si l'occasion s'en présentait, de
la nourrir et de la conforter.
Cette fois, pourtant, elle se heurta à un refus
brutal : un nouveau venu à Lavacherie l'éconduisit
sans ménagements. Ode dut reprendre le sentier
du monastère dévasté, plus épuisée
encore...
Le
lendemain, un mal mystérieux frappa le mauvais
Samaritain, comme il ouvrait les yeux, il se réveilla
dans le noir; il eut beau se frotter les paupières:
il était aveugle.
C'est
alors qu'il se souvint de son geste Inhospitalier de
la veille. Saisi de remords, il parvint à agripper
un bâton et, trébuchant à chaque
pas, - mais guidé sans doute par son Ange gardien,
- il parvint, au prix de chutes sans nombre ou il se
déchirait les genoux, jusqu'à la sainte
fille à la fois ébahie et heureuse d'un
pareil et si prompt repentir.
- Va, dit-elle, va te laver les yeux à cette
source Et elle guida l'aveugle par la main jusqu'à
un filet d'eau qui venait de jaillir d'entre les phyllades
de la montagne. La vue lui revint aussitôt que
l'eau limpide eut touché ses paupières
brûlées de larmes.
Depuis
ce temps-là, braves gens de Lavacherie, la "Bonne
Dame" continue de protéger les yeux des
habitants de sa vallée et aussi de toutes celles
et de tous ceux qui gardent son souvenir et font appel
à son intercession le premier dimanche de mai. |
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